L’écrivain bengali Amitav Ghosh s’est lancé dans une monumentale trilogie, un cocktail d’érudition vagabonde, d’ethnographie, d’investigation historique, d’exotisme et d’aventures maritimes au long cours, sur fond de guerres de l’opium.
Premier volet de cette fresque, Un océan de pavots nous entraîne dans l’Inde des années 1830, une terre où brillent encore les feux de l’Empire et où prolifèrent les champs de pavots – un véritable trésor, parce que « l’opium est la bénédiction du pays ». Ghosh rameute une poignée de parias qui, partis des quatre coins de l’Inde, grimperont eux aussi à bord d’un voilier, avec un seul espoir : faire basculer leur destin et trouver une terre promise. Ils traverseront la baie du Bengale et navigueront vers l’île Maurice avant d’affronter des tourmentes plus loin encore.
Deuxième acte de sa trilogie, Un fleuve de fumée est une nouvelle épopée de la migration, après l’accostage du voilier à Port Louis. À cette histoire, Ghosh ajoute un second périple maritime, celui d’un trois-mâts parti de Bombay. D’un récit à l’autre – entre l’île Maurice et Hongkong, Bombay et Canton –, des fils se nouent peu à peu, dans un écheveau de motifs qui se font subtilement écho. Avec des personnages venus des quatre coins du monde, mais qui finiront par se croiser dans les sillages des deux bateaux, tous liés par une substance : l’opium.
C’est dire la virtuosité de Ghosh, dont le vertigineux scénario nous fait découvrir le magistral théâtre des passions sous de lointains horizons.
