Voici un roman décapant, politiquement incorrect, qui tient à la fois du conte moral, du thriller sentimental et de la satire universitaire. Monty Kipps et Howard Belsey, les héros, sont deux professeurs qui rivalisent d’érudition sur un vénérable sujet : la peinture de Rembrandt. Le premier, un Anglo-Antillais passablement provocateur, vit à Londres et ne rougit pas d’être un incorrigible conservateur : il pense en effet » que l’Egalité est un mythe, que le multiculturalisme est un rêve stupide et que les minorités exigent trop souvent des droits qu’elles ne méritent pas « . Quant à Howard Belsey, il enseigne près de Boston, est marié à une Noire, vote à gauche et se flatte, lui, d’être un farouche partisan de la discrimination positive. Tout le contraire de son cher collègue…
Lorsque Monty Kipps débarquera avec son petit clan à Wellington, comme professeur invité, il ne tardera pas à se confronter à son collègue, rivalisant d’érudition avec un homme dont il déteste les opinions politiques.
Zadie Smith profite de cette comédie aigre-douce pour fustiger les mœurs de l’université américaine, une foire d’empoigne où le métissage est devenu un évangile, où l’hystérie identitaire fait rage, où les minorités de toutes sortes se taillent la part du lion et où triomphe l’inculture. Tout cela sous le regard étonné du vieux Rembrandt, qui semble ne rien comprendre à cette époque détraquée, dont Zadie Smith raille les travers avec une belle insolence.

