En 1947, un soldat anglais couvert de gloire, Aldred Leith, se rend au Japon pour une mission. À la fois las et plein d’une retenue toute britannique, mais pourtant curieux de tout, à peine âgé de la trentaine, il est prématurément vieilli par l’expérience de la guerre et la froideur de son père, écrivain célèbre. Pourquoi continuer à vivre, semble-t-il sans cesse se demander.
Mais il rencontre une toute jeune femme « une fillette apportée par les fées », Helen, ainsi que son frère le jeune Ben, atteint d’une maladie incurable. Il décide alors, tout naturellement, de vivre pour cela: l’amour. « Puissent nos sentiments intenses ne jamais diminuer » écrit-il de Chine, où il rend visite à un ami, Peter Exley. Celui-ci a été chargé d’instruire les procès des criminels de guerre japonais.
C’est une des nombreuses beautés de ce livre singulier, que d’évoquer les plus terribles souffrances, les crimes les plus odieux, l’abîme même qu’ouvrit Hiroshima, indirectement, avec une absence de pathos, comme on pourrait dessiner une figure par oblitération.
Shirley Hazzard peint avec beaucoup de subtilité, la complexité charnelle et intellectuelle de ces hommes et de ces femmes, qui cherchent dans l’après-guerre une voie humaine entre morale et bonheur, entre étouffement familial et liberté personnelle. Son écriture offre avec subtilité la description d’une époque, mêlant un classicisme maîtrisé à des éclats stylistiques éblouissants.

