Emil n’avait jamais pensé courir. Sixième enfant d’une famille pauvre, il s’en va travailler à l’usine à seize ans, jusqu’à ce qu’il soit inscrit, malgré lui, à une course visant à promouvoir la marque de chaussures par laquelle il est employé. Emil termine deuxième. Et il a pris du plaisir, beaucoup de plaisir. Puis tout s’accélère : Emil entre dans l’armée en 1945 pour y accomplir son service militaire et y trouve les conditions idéales pour s’entraîner à son nouveau loisir. La locomotive est lancée, Emil s’entraîne toujours plus, plus que les autres, et finit par gagner. Il court bizarrement et semble souffrir, mais il gagne souvent, bat des records, décourage ses adversaires, devient presque imbattable. Il court toujours pour son plaisir et reste un homme gentil, un peu innocent, admiré de tous, mais qui se fait ballotter par son destin. C’est ainsi qu’après sa carrière, Emil, proche de Dubçek, fut mêlé au printemps de Prague en invitant, dans un discours improvisé dans la rue, les troupes russes à une trêve olympique. Il dut alors faire face à la répression soviétique et fut exclu de l’armée et du parti.
Dans cette biographie romancée, Jean Echenoz nous fait parcourir, en courant, un demi-siècle d’histoire aux côtés d’Emil Zatopek, à la découverte tant de l’homme, d’une tendresse attachante, que du sportif à la carrière exceptionnelle.

