Il faut lire Volodine ! Que dire d’autre une fois qu’on a dit cela ? Il est des écrivains qui, au-delà d’écrire un livre, écrivent une œuvre. Antoine Volodine est de ceux-là. Il est vrai que face à cette œuvre, monumentale, qualifiée de post-exotique, on ne sait par où commencer. Eh bien Terminus radieux est un bon commencement, un premier pas dans la steppe.
Dans cet opus, la ligne d’équilibre entre tragique et burlesque est tenue avec une maîtrise à couper le souffle de bout en bout. À la lecture de Terminus radieux, on est face à l’abîme et pourtant on rit, car en définitive, que faire d’autre ? Ici, nous suivons trois soldats en fuite, leur armée défaite, s’enfoncer de plus en plus loin dans la steppe, choisissant, plutôt que de se rendre, le dernier espace de liberté : les zones interdites, contaminées et radioactives au cœur de la Sibérie. Et là, plus morts que vivants, s’échouer dans un kolkhoze dont la pile atomique s’est enfoncée sous terre. Solovieï, le président du village, ivre de sa toute puissance chamanique, contrôle les vies et les rêves des habitants, marionnettes qui le distraient pour passer le temps. Cela semble désespéré mais c’est sans compter la vie de la steppe et de la taïga qui s’engouffre, c’est sans compter l’humour fou et la démesure de Volodine. Il y a du Tarkovski là-dessous mais aussi du Beckett, du Daniil Harms, du Buster Keaton, un sacré cocktail, radioactif pour sûr.

